Interview de Daz-Ini |
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Daz-Ini
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| "Je pense effectivement faire partie de cette branche d'artistes qui ont une culture musicale bien étoffée, qui recherchent à amener plus de musicalité, à sublimer le rap." |
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| D’où vient ton nom, Daz-Ini ? |
| De mes deux prénoms, Damien et Dalil. Puis de A à Z dont az. Et ini, c’est pour inimitable. |
| Comment es-tu venu au rap ? |
| Je pense que j’ai toujours baigné dans la musique. Dans les années 90, déjà, j’aimais écrire des textes, sans musique. C’était des journaux intimes, des réflexions existentielles. De là, je suis passé à des formats chansons. Au début, ce que j’écoutais c’était IAM, NTM, y’avait pas 50 000 autres groupes… Ces sont ces groupes précurseurs qui ont forgé ma culture, ça m’a plut et j’ai voulu faire comme eux. Vu que le rap, c’est la synthèse de la black music, d’influences que j’avais déjà, le rap pour moi c’est quelque chose de très naturel.
Donc en 93, on a créé Force Pure avec un beat Maker, Diamond J. On a été rejoints après par Da Pro et DJ Gero. En 99, on a fait un premier maxi, « De l’obscurité jaillira la lumière ». Puis on a suivi le cursus classique de participer à toutes les mixtapes, tous les concerts possibles sur Paris. |
| Et la carrière solo ? |
| En fait, c’est la continuité de tout ça. Après le premier maxi, on a sorti des trucs plutôt pour l’underground. En 2003, on a sorti un 2° projet semi-officiel. C’était un album qui s’appelait Lost Sound volume 1. Ca a été le projet qui nous a un peu ramené la reconnaissance de nos pairs. Puis, comme j’ai été amené à aller à Genève pour des raisons personnelles, c’était un peu plus compliqué de garder une dynamique de groupe. Il y avait l’âge aussi, cela faisait 10 ans qu’on était en groupe. Donc la transition s’est faire assez naturellement. J’ai été amené à faire des morceaux et à un moment je me suis dis que ça rentrerait bien dans le cadre d’un projet solo… Mais avec mon groupe on est toujours là. C’est pour ça qu’ils sont sur l’album, avec le titre La Force Pure. |
| Sur ton album, ce qui touche en premier c’est ton côté « hip-hop musical ». C’était important pour toi de ne pas te réduire au break beat ? |
| Je pense que, tout simplement, c’était juste la musique que j’avais envie de faire. Je pense effectivement faire partie de cette branche d’artistes qui ont une culture musicale bien étoffée, qui recherchent à amener plus de musicalité, à sublimer le rap. Vu qu’on est plus pointue dans nos références, on essaie de faire une musique plus pointue. Pour moi, c’était important d’apporter une contribution à la musique, qu’il y ait succès ou pas derrière. Il fallait que ce soit une pierre à l’édifice. J’avais vraiment à coeur d’être à la hauteur de mon éclectisme. Je ne voulais pas faire juste du Boom Bap ou du rap pour puriste. Ma démarche artistique est vraiment de lier le rap aux musiques qui l’ont précédé et dont il se nourrit sans cesse. |
| Justement, concrètement, tu as utilisé des samples ou des musiciens ? |
| Principalement des samples. Sur quelques morceaux, on a rejoué du saxo, de la trompette. Après, les beatmarkers rajoutent souvent des claviers, des guitares, des lignes de basse. Dans un premier temps, c’est surtout le manque de moyens qui ne nous a pas permis d’exploiter ce filon. C’est plus la logistique qui nous a empêchés de faire appel à plus de musiciens. |
| Les producteurs, ce sont des gens que tu connaissais déjà ? |
| Principalement, ce sont des affinités découvertes ces 4-5 dernières années. C’est la famille. C’était l’occasion de travailler avec des proches, des personnes qui m’ont invité sur leurs projets. |
| Tu dis qu’un de tes buts, c’est de faire le lien entre le rap et son histoire musicale. Tu as l’impression que c’est une histoire qui a été un peu oubliée ? |
| Ouais. C’est lié aussi à l’évolution technologique. C’est sûr, on va vers des sons plus électroniques et donc, quelque part, plus froid. Il y a vraiment une scission par rapport à un public qui a une culture musicale plus large. C’est sûr que les jeunes générations ont pris le train en marche et n’ont pas les mêmes attentes. Moi, je fais ce type de rap parce que mes parents, mon grand frère m’ont fait grandir avec de la soul et du funk. |
| Quand on écoute ton album, on ne peut s’empêcher de penser à Hocus Pocus ou Beat Assaillant. Dans quelle mesure as-tu l’impression de faire partie de cette famille-là ? |
| Dans la mesure où je comprends leur musique, qu’elle me touche, que j’ai l’impression qu’on a la même démarche artistique, qu’on va vers la même direction. Je comprends vraiment leur sensibilité. Je ne peux pas vraiment m’avancer sur la réciproque mais je sais qu’avec Hocus Pocus, on a la même base. |
| Ce qui est très agréable dans ton album, c’est ta manière de raconter des histoires. D’où cela te vient-il ? |
| Je pense que, dans la manière dont je me suis fait en tant que MC, j’ai toujours cherché à optimiser et le fond et la forme. Au bout d’un moment, quand on a un peu fait le tour des thèmes un peu basique du rap, on va vers d’autres horizons. Et raconter des histoires, pour moi, c’est une façon d’amener du différent. J’aime beaucoup le cinéma et c’est aussi une façon d’amener les gens dans mon univers, ma daz’ini sphère. Et c’est un défi en soi en manière d’écriture parce que ce n’est pas évident que les gens soient pris et ne lâche pas après le 2°couplet.
C’était aussi une façon, par rapport à des titres comme Speak ou Si tu me quittes je te tue, de faire du second degré, de me mettre dans la peau d’un personnage, d’avoir différents points de vue, différents axes caméras. D’entrer dans l’histoire, dans le déroulement de l’action, du sensoriel.
Speak c’est plus tragique parce que je parle d’un toxico. C’était un clin d’œil à la Blacksploitation, à tout cet univers soul funk, à l’auteur d’Iceberg Slim, à toute cette littérature gettho. Moi, en tant que Magicien, mon but c’est de mettre des petits instants magiques dans des choses plus glauques.
Si Tu me Quittes Je Te Tue, c’était plus humoristique. Mais c’était un défi en soi parce qu’il est toujours difficile de faire rire. Si ca passe, c’est déjà ça de pris ! |
| Comment tu présenterais ton univers, ta daz-ini sphère ? |
| Cet album c’était déjà, dans un premier temps, mon hommage au hip-hop. Je me devais de mettre en avant le hip-hop tout en en donnant toutes les facettes, en jonglant avec les ambiances. J’ai voulu montrer avec cet album que, sur différentes, plan, j’étais capable de le faire de manière aboutie. C’est venu assez naturellement et la construction de l’album s’est équilibrée toute seule. Les morceaux sont sortis d’eux-mêmes. J’avais fait différents projets depuis Force Pure et c’était beaucoup de rap jazzy. Mais je ne voulais pas ne porter que cette étiquette-là. Je voulais aussi amener un projet qui offre d’autres pistes qui me tiennent à cœur. |
| Quand on a fait un album avec autant d’ambiances différentes et autant d’univers musicaux, comment on s’imagine les concerts qui vont avec ? |
| Là, comme c’est un support, ce sont les gens qui viennent à moi. Sur scène, quelque part, c’est l’occasion rêvée pour faciliter la compréhension de cet univers. Je vois quelque chose de théâtral. Je voudrais mettre ne place une interactivité pour que les gens puissent entrer dans chaque morceaux. Sur scène, j’ai aussi des musiciens qui me permettent une relecture de l’album. C’est ça qui m’intéresse dans le live. Je ne veux pas rester bloqué sur la forme. Mais si je n’ai pas de musicien, j’ai un pote qui peint sur scène et qui pourrait amener une autre facette du hip-hop, plus visuelle. Des fois j’ai aussi des danseurs. Deux possibilités, donc ! |
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| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
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