| "Ma grand-mère était sans doute la plus sauvage. Elle montait sur les tables dans les restaurants pour chanter ce qui lui passait par la tête" |
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| « Weather’s coming » est votre premier album, mais vous avez enregistré plusieurs chansons avec différents groupes avant cela, quand avez-vous commencé la musique ? |
| Probablement, il y a dix ans. J’ai commencé à écrire des paroles. J’écoutais pas mal de hip-hop à cette époque. J’étais à Londres et j’allais à des sessions « open mic » tous les lundis, pour rapper un peu, à la manière du slam. Quatre ans après, j’ai pensé que je devais peut-être me lancer plus sérieusement, en travaillant avec plusieurs producteurs pour essayer de sortir quelques chansons. Mais ce n’est depuis ma rencontre avec Marc Collin, de la Nouvelle Vague, que j’ai enfin pu façonner mes chansons avec le son que je voulais. |
| Vous avez été remarqué en France avec ce disque Nouvelle Vague, il y deux trois ans. Comment avez-vous rencontré Marc Collin ? |
| Ma sœur, qui est mon manager, a envoyé une démo à Marc Collin, parce qu’il cherchait de nouveaux chanteurs pour Nouvelle Vague. Il a écouté et il a pensé que je pouvais faire l’affaire. On a enregistré très rapidement l’album, du moins les quatre chansons où je chantais. En trois jours, c’était enregistré. Après, il m’a demandé de partir en tournée avec le groupe. Camille venait de quitter Nouvelle Vague pour se lancer en solo. J’ai continué à tourner avec eux depuis cette époque pendant trois ans. |
| Quand avez-vous décidé de vous concentrer sur vos propres créations ? |
| Il y a environ dix ans (rires). Cela prend du temps d’écrire des chansons, si vous ne venez pas d’un environnement musical. J’ai eu la possibilité de sortir quelques chansons, il y a quatre cinq ans. Mais je n’avais pas eu l’opportunité de sortir un album. Je n’étais pas prête artistiquement parlant. Cela ne sonnait pas comme je voulais. Maintenant, cela tend à se rapprocher de ce que je sens bien. Ce que je peux sortir de moi. Les concerts sont très bons aussi. Même si ce n’est pas forcément dans les mêmes directions que l’album. Les concerts sont plus énergiques. |
| Les chansons ont des atmosphères très diverses, d’où vient votre inspiration ? |
| De la vie. De là où j’ai vécu. Ce que j’ai écouté. Mes influences viennent de mes déambulations sonores dans lesquelles j’ai picoré un son ici, un autre par là. Tout ce qui passe par ma tête jusqu’à maintenant, je crois. Il faut construire encore et encore et puis rencontrer les bonnes personnes pour travailler. Marc a été d’une grande aide, car avec toutes les idées que je pouvais avoir, il cherchait toujours à les mener à bien. C’était l’un des premiers producteurs, avec qui j’ai travaillé, qui était très ouvert en ce sens. C’était très enrichissant pour moi. |
| Comment avez-vous travaillé avec votre groupe ? |
| Je les ai rencontrés durant l’enregistrement. Je ne les connaissais pas avant. Ils sont parfaits pour moi, parce qu’ils comprennent le monde que j’essaie de construire avec la musique. J’ai rencontré Cédric Leroux, qui est le guitariste, par l’entremise de Mélanie Pain de la Nouvelle Vague. La première fois qu’il est venu, il a posé un accord et j’ai su que c’était celui que je cherchais. Il a aimé ce que je faisais. Il a ramené Raphaël et Alex, respectivement batteur et bassiste, qui sont des amis à lui. On est très excités d’être ensemble. |
| Vous avez fait quelques concerts ensemble ? |
| Une vingtaine, je dirais. On a fait une petite tournée en Angleterre, en marge de Nouvelle Vague. C’était amusant. Les réactions étaient positives. On a fait le premier concert seulement avec, Raphaël et Cédric, donc sans basse, au Pop-in à Paris. C’était une soirée « Open mic », on a joué deux chansons. Raphaël avait un fût de bière et une caisse claire, Cédric faisait un max de bruit et moi j’essayais de chanter du mieux que je pouvais. |
| Est-ce un grand changement de se lancer dans une carrière solo avec ses propres compositions ? |
| C’est très excitant. Les regards se portent sur la musique et les paroles. En plus, je chante ce que j’aime chanter, ce qui est naturel pour moi, c’est une aide supplémentaire. C’est plus facile de chanter ses propres mélodies. Ce ne sont pas des reprises dont je dois apprendre les paroles et les harmonies et surtout m’en souvenir. |
| Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez eu envie de faire de la musique ? |
| J’ai toujours eu envie de faire des musiques de film. J’adore les Bandes originales comme Paris-Texas. Elle me rend calme, tranquille. J’ai toujours été intrigué par la relation du son avec le mouvement. Comment ils peuvent se connecter parfois. Les gens le remarquent aussi. Comment le violon vient souligner le rire de la jeune fille à l’écran. Je suis très attentive à cette relation, je suppose parce que je pratiquais la danse quand j’étais gamine. |
| Venez-vous d’un milieu musical ? |
| Ma grand-mère était sans doute la plus sauvage. Elle montait sur les tables dans les restaurants pour chanter ce qui lui passait par la tête. Ma mère est une danseuse. Elle nous passait également de la musique, pour moi et ma sœur. Des trucs tarés comme Nick Cave, les vieux Led Zep, Kate Bush. Il y avait toujours de la musique à la maison. |
| Vous avez travaillé avec l’ingénieur du son de Tom Waits, qui est l’un de vos héros… |
| C’était incroyable d’être là-bas. C’était une vieille ferme avec des poulets courant dans la cour. Une très belle atmosphère avec de beaux paysages, le studio avec tous ces vieux équipements. C’était très bien. Cela apporté beaucoup à l’album. Les instruments sont enregistrés live, ça respire. |
| Comment voulez-vous que les gens réagissent à votre musique ? |
| Comme ils le sentent (rires). C’est bon pour moi dès qu’ils écoutent. |
| Avec qui aimeriez-vous collaborer ? |
| Bonne question. Je ne sais pas. Je peux répondre plus tard… ? |
| Quels sont vos projets immédiats ? |
| Il y un concert au Nouveau Casino pour la sortie de l’album. Après il y a une tournée en France avec le Printemps de Bourges. Pour la question précédente, j’aimerais collaborer avec Pita Bash, une chorégraphe allemande, dont j’adore le travail. J’aimerais beaucoup faire une musique pour l’un de ces spectacles de danse, mais je pense qu’il me faudra encore quelques années dans ce business pour y parvenir. |
| Avez-vous dû choisir entre la danse et la musique ? |
| Ma mère nous a mis, ma sœur et moi, à l’âge de trois ans dans le monde de la danse. On l’a fait naturellement, en aimant beaucoup, car nous avions de bons professeurs. Quand nous avons déménagé à Londres, nous étions moins passionnés, nous avions seize ans. Ce n’est pas quelque chose que j’avais planifié pour ma carrière. Je ne crois pas que j’étais une assez bonne danseuse. |
| Est-ce difficile de mettre vos émotions dans vos paroles ? |
| Cela vient soudainement. Comme beaucoup d’écrivains le disent, c’est un flash, cela vous vient comme ça de nulle part. Alors vous l’écrivez et quand vous relisez, vous vous dites : « est-ce bien moi qui ait écrit cela ? ». |
| Pour vos concerts, avez-vous des instruments qui sortent de l’ordinaire ? |
| C’est très basique. Batterie, basse, guitare. Mais les mecs ont des instruments vintage, alors ils font très attention au son. Nous sommes tous très perfectionnistes au niveau du son. J’aime beaucoup mes percussions. J’ai beaucoup de petits jouets avec lesquels je peux jouer sur scène. |
| Pensez-vous qu’il vous sera difficile de faire passer votre disque auprès du public ? |
| Je ne sais pas. Je ne pense pas beaucoup à ça avec la sortie de l’album. Je pense que ce sera comme ça sera. Vous ne savez jamais ce qui va se passer. Le tout est d’apprécier l’aventure. Si vous ne l’appréciez pas, il n’y a aucune raison de le faire. Certaines personnes aiment notre musique, cela me suffit. Je suis surtout contente d’avoir fait cet album, de l’avoir fini. C’est tellement facile de commencer quelque chose, mais le finir est beaucoup plus compliqué. Nous verrons ce qui se passera. |
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| Propos recueillis par Isabelle Chelley
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